BERGUES, L’AUTRE BRUGES DE FLANDRE

BERGUES

A 65 km de Lille, en direction de Dunkerque, nous vous emmenons à Bergues, ville certes connue pour avoir servi de décor à un film (qui a fait plus de 20 millions d’entrées), mais surtout pour son charme de petite ville fortifiée flamande.

Une architecture médiévale

Composée, à l’origine, de deux noyaux urbains, l’abbaye de Saint-Winoc et la ville neuve du comte de Flandre Baudouin IV (dit la Belle Barbe), sur la colline du Groenberg, Bergues se développe dès le 9ème siècle grâce à sa situation portuaire. Les premières fortifications prennent la forme d’un château fort, de type motte castrale, cerné d’une enceinte. Les murailles seront réaménagées et agrandies plusieurs fois au cours des siècles de domination espagnole. La ville devient française en 1668 lors du Traité d’Aix-la-Chapelle. La même année, Vauban est chargé d’en moderniser les défenses. Les remparts de Bergues possèdent encore 5 portes ainsi que 4 tours que vous découvrirez au cours d’une visite guidée office de tourisme.

La ville est blottie au pied de son beffroi, classé depuis 2005 au patrimoine mondial de l’UNESCO ; Ce beffroi possède un magnifique carillon de 50 cloches. Elles jouent plusieurs ritournelles (heure :«Reuze Lied», ½ h : «Le mari Complaisant» ¼ h : «La mère poireau »). Elles sonnent pour le marché du lundi matin (à 11h00) ou encore pour les fêtes traditionnelles comme le carnaval ou la fête des rameaux. Le beffroi actuel est le troisième à être édifié à cet endroit. Le premier, construit en 1112, fut détruit en 1383. A la fin du 14ème siècle, un deuxième beffroi est édifié et sera détruit, à son tour, lors de la deuxième guerre mondiale. Reconstruit en 1961 sur la base du précédent, il mesure 47 mètres et vous devrez gravir 193 marches pour accéder à sa terrasse. Le dôme est couronné d’une girouette : le lion Nicolas.

beffroi
Beffroi de Bergues

Au cœur de la ville, l’église Saint Martin a été saccagée par la guerre des Gueux. La révolte des Gueux est un événement qui a lieu aux Pays-Bas espagnols au milieu du 16ème siècle ; Le soulèvement, dont l’origine était de réclamer la liberté religieuse, oppose les révoltés néerlandais à l’Empire espagnol et débouchera sur la guerre de Quatre-Vingts Ans. L’église est reconstruite à partir de 1562 sous forme d’une grande «hallekerque» (église halle). Le bâtiment a subi lui aussi d’importants dommages lors de la seconde guerre mondiale. Une partie a été restaurée et complétée par une construction neuve en 1959.

Blotti dans l’ancien Mont de Piété, très beau bâtiment de 1633, le musée abrite une riche collection de peintures des écoles flamande, italienne et française, dont le célèbre “vielleur au chien” de Georges De La Tour. La toile, monumentale par sa taille (1,86 × 1,20 m), est la plus grande actuellement attribuée au peintre. Elle représente, en pied et à l’échelle, un mendiant aveugle qui chante en s’accompagnant à la vielle. Il tient en laisse un petit chien qui lui sert vraisemblablement de guide.

Winoc, moine breton de l’abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer évangélise le Groënberg ou “mont vert”, d’où le nom que prendra la ville : Bergues-Saint-Winoc. Les Comtes de Flandre, à partir de 1022, bâtissent une abbaye bénédictine sur le lieu du passage de Saint Winoc, avec mission de garder ses reliques précieuses et de promouvoir son culte. L’abbaye fut détruite lors de la révolution française mais on peut encore voir les deux tours : la tour pointue de 1815 et la tour carrée du 12ème siècle. La riche bibliothèque contenait près de 60 000 volumes. Lors de la Révolution Française, beaucoup ont été perdus et les plus beaux ouvrages ont été préservés dans les bibliothèques communales de Bergues, de Dunkerque, de Bourbourg et Gravelines. Les tableaux qui ornaient les murs ont été dispersés dans les musées et les églises voisines, mais beaucoup d’œuvres d’art ont disparu… Quelques années ont donc suffi pour ruiner l’œuvre de huit siècles !

Les ruines de l’Abbaye

Des traditions locales festives et gustatives !

Célèbre carnaval de la région dunkerquoise, le carnaval de Bergues voit déferler, dans les rues de la ville, des milliers de carnavaleux venus “faire la bande”. Il se déroule traditionnellement fin mars. A 17h00, le Maire jette du fromage de Bergues et de la saucisse de Bergues à la population depuis le balcon de l’Hôtel de ville. A 19h00 se tient le rigodon autour du kiosque de la grand place.

Importante foire agricole, la Foire des Rameaux, dont l’origine remonte au Moyen-Âge, est, depuis des siècles, le rendez-vous incontournable du printemps. Elle se déroule le dimanche qui précède Pâques et attire des milliers de visiteurs de toute la région. La veille, est organisée une Fête du Cochon. Pourtant, c’est plutôt une vache qui a fait la renommée de Bergues : la rouge flamande. Cette race est issue de trois variétés proches, la berguennarde ou race de Bergues, la casselloise et la bailleuloise ou race de Bailleul. Elle figure parmi les plus anciennes races de vaches en France et son livre généalogique a été ouvert en 1886 , à Bergues ! Place du marché aux bestiaux, vous trouverez une très jolie statue de bronze de la rouge flamande réalisée par Roch Vandromme.

Le “Bergues” est un fromage à pâte molle à croûte lavée au lait cru. Il a une pâte demi-dure ou molle. Son aspect est crayeux et il sent fort ! Il contient environ 20 à 25% de matières grasses. Comme pour de nombreux fromages du Nord, l’histoire du Bergues est associée à l’abbaye et l’on retrouve la trace de ce fromage dans les archives dès 1370. En 1635, des potences sont installées sur la place du marché pour peser et faire commerce du fromage.  En 1804, on comptait 188 producteurs installés dans 25 communes environnantes. Aujourd’hui, une association et une confrérie se mobilisent pour que le fromage de Bergues soit reconnu en AOP (Appellation d’Origine Protégée) car il reste à peine une dizaine de producteurs locaux.

Anecdotes :
Pourquoi Dany Boon a-t-il choisi Bergues pour tourner le film “Bienvenue chez les Ch’tis” ? Le grand oncle de Dany Boon, Adalbert CARRIERE, fut le carillonneur de Bergues de 1934 à 1999 ! À l’âge de 14 ans, il est devenu le plus jeune carillonneur de France. Il avait commencé le solfège et le violon à 7 ans, suivant l’exemple de son père Arsène, également musicien. Il est décédé, à l’âge de 92 ans, en novembre 2012.

Quel est le nom du géant de Bergues ? Dans la tradition des géants des Flandres, Saint Winoc a son géant. Il mesure 3,33 m et pèse 33 kg. Ce n‘est pas le géant de la ville de Bergues mais de celle de Wormhout car Saint Winoc serait décédé à Wormhout en 717. Le géant de Bergues est Reuze Berguoi également dénommé “l’électeur de Lamartine”. A l’époque où Alphonse de Lamartine a été élu Député de Bergues, seuls les plus riches et les bourgeois pouvaient voter, ce droit étant réservé aux contribuables versant un minimum d’impôts.
En 1913, la ville de Bergues a organisé de grandes fêtes en souvenir du quatre-vingtième anniversaire de l’élection de Lamartine comme député de Bergues. A cette occasion, un nouveau géant fut construit, appelé « l’Electeur de Lamartine » et vêtu comme un bourgeois avec une redingote, un chapeau haut de forme et accompagné d’un grand parapluie noir (aussi appelé «un berguenard»)

 

Douze siècles d’histoire veillent sur la ville de Bergues qui a pourtant été détruite à 80% lors de la seconde guerre mondiale ! Mise en lumière en 2007 par le cinéma, Bergues propose une promenade architecturale et gustative dans un paysage bucolique.