HAUTS-DE-FRANCE, LA REGION QUI FAIT DANS LA DENTELLE

dentelles en hauts de france

Région textile par excellence, les Hauts-de-France peuvent témoigner d’un passé riche dans la fabrication de la dentelle. Si peu d’entreprises subsistent encore dans la région, elles sont la mémoire de cet héritage dentellier car l’on fabriquait la dentelle de Calais à Chantilly, en passant par Bailleul, Lille, Arras, Valenciennes et Caudry ! Une réputation qui a fait le tour du Monde et que nous vous proposons de découvrir toujours à moins de 100 kms de Lille (exception faite de Chantilly).

Un art venu d’Italie puis d’Angleterre

La dentelle aurait vu le jour, près de Venise, et plus particulièrement sur l’île de Burano au cours du 13ème siècle. Utilisant des broderies venues d’Orient, les Vénitiennes créent un support qu’elles brodent d’abord à l’aiguille puis, avec le temps, au fuseau. La dentelle de Venise est réputée dans toute l’Europe. C’est Colbert, ministre de Louis XIV, qui décrète que « sa » dentelle française sera supérieure à toutes les autres. Il fait alors venir des dentellières italiennes qui initient des Françaises dans des manufactures royales. Fraises, jabots, étoles, le succès de la dentelle est tel que certaines lois tentent d’interdire le port de dentelle lorsqu’il est trop excessif, trop fantaisiste… Louis XIV, qui en raffole, décide d’exonérer d’impôt les manufactures de dentelle qui vont par conséquent proliférer. A cette époque, la dentelle est surtout l’apanage des hommes et ne deviendra un vêtement réellement féminin que sous Napoléon 1er au 19ème siècle.

La production française reste manuelle jusqu’au 19ème siècle et se mécanise via des techniques importées d’Angleterre. Les premiers métiers mécaniques à tulle sont développés par John Heathcoat, puis perfectionnés par John Leavers. Ces machines à la technologie inédite arrivent frauduleusement en 1816 à Calais, apportées de Nottingham par les Anglais Webster, Clarke et Bonnington. L’histoire de la dentelle aujourd’hui labellisée « Dentelle de Calais-Caudry ® » commence. Dès 1816, de petites unités de production de tulle se développent dans Calais mais le manque de place et les nuisances sonores du travail nocturne contraignent les fabricants à étendre leur activité dans le faubourg maraîcher de Saint-Pierre-lès-Calais. L’adaptation du système Jacquard au métier à tulle et l’arrivée de la machine à vapeur dans les années 1835/40 font passer la production à l’ère dentellière industrielle.


Calais et Caudry l’excellence d’une « Haute Dentelle » française

La dentelle de Calais fut d’abord produite en tissu très fin doté de petites mouches. Elle prit ensuite l’aspect de tulles aux motifs répétitifs, les tulles lamés. Le perfectionnement de la fabrication rend possible la création de dentelles aux décorations variées. Le métier « Leavers » était alors le seul à pouvoir souligner mécaniquement le motif à l’aide de gros fils appelés «brodeurs». En 1837, le système Jacquard améliore encore les métiers Leavers. Les fonds unis de tulle sont ornés de motifs pour produire une dentelle imitant parfaitement la dentelle au fuseau à la main. Cette invention majeure marque le début d’une industrie prospère. Depuis 200 ans, cette technique de tissage sur métiers Leavers est restée inégalée. 80% des machines Leavers existant dans le monde sont concentrées dans notre région, à Calais et à Caudry.

Au cœur du Cambrésis, très réputée depuis la fin du haut Moyen-Age pour ses tissages de lin, la ville de Caudry a connu un développement exceptionnel lié à l’industrie tullière et dentellière. Elle est labellisée “Ville et Métiers d’Art” depuis 1995. Des entreprises locales travaillent pour les grands noms de la Haute Couture et du prêt-à-porter de luxe, mais aussi pour la lingerie-corseterie. En 2015, le label Dentelle de Calais-Caudry® affirme la promesse de l’excellence d’une Haute Dentelle, fabriquée en France, dans le respect des règles de l’art qui en a fait sa réputation. Il certifie que cette dentelle précieuse et rare est fabriquée sur des métiers Leavers, selon un procédé original d’entrelacements de fils issu d’un savoir-faire bicentenaire. Ce label est la propriété de la Fédération Française des Dentelles et Broderies qui en contrôle l’usage. Seules les dentelles Leavers fabriquées par les manufactures dentellières calaisiennes et caudrésiennes adhérentes à la Fédération peuvent en bénéficier.

ROBE MARIEE
La dentelle pour des créations de luxe

Pour tout savoir sur l’histoire et le procédé de ce précieux matériau, deux visites s’imposent.

La première, à Calais, au sein de la Cité de la dentelle et de la mode. Installée dans d’anciennes usines de dentelle, la Cité, outre des collections historiques et des expositions contemporaines, présente des métiers Leavers en fonctionnement. C’est également un  laboratoire créatif qui développe et soutient des projets expérimentaux de dentelle avec la jeune création textile.

La deuxième se situe à Caudry avec son musée «Dentelles et Broderies», installé dans la fabrique de dentelle de Théophile et Jean-Baptiste Carpentier qui date de 1898. C’est un musée atypique, à la fois musée de société et musée de la mode ouvert à la création contemporaine. Il présente une collection technique illustrant la chaîne de fabrication de la dentelle sur métier Leavers grande largeur – la spécificité de Caudry – ainsi qu’une collection textile composée majoritairement d’échantillons et de robes en dentelle et broderies de Caudry et ses environs. La particularité de l’industrie dentellière locale, qui consiste à rebroder les dentelles mécaniquement ou à la main, est également représentée.

En 2011, lors de son mariage avec le Prince William, Kate Middleton fait le bonheur et la renommée mondiale de notre dentelle régionale en portant une robe signée Sarah Burton dont la dentelle vient de deux entreprises caudresiennes Sophie Hallette et Solstiss.

Charles Quint, à l’origine de la dentelle de Valenciennes et d’Arras

Au début du 16ème siècle, de nombreux couvents s’établissent dans le Hainaut et Charles Quint ordonne qu’on y confectionne des dentelles dans le but de dégager les revenus nécessaires à la subsistance des nonnes, des orphelines et des filles déchues qu’elles recueillent. La dentelle est enseignée par les religieuses de Sainte-Agnès, les Ursulines et autres congrégations. Dès 1677, la dentelle à Valenciennes connait un véritable essor en raison de la proximité de la culture du lin mais aussi la main d’œuvre locale de l’industrie textile qui a formé, depuis le Moyen-Age, des fileuses expertes. La dentelle de Valenciennes se caractérise par ses mailles simples et régulières mais très solides parce que tressées, et par le toilé uni qui est le tissu même des fleurs, aucun fil de contourage (brodeur) ne souligne le dessin. Vers 1760, 4000 dentelières travaillaient à Valenciennes.

DENTELLE ANTIQUE
La dentelle devient un ornement féminin sous Napoléon 1er

A Arras, au 17ème siècle, est fondée la maison des orphelines sous l’égide de Sainte-Agnès, lieu au sein duquel la dentelle était la principale occupation des élèves. Les dentellières, dont le Saint patron est Saint-Louis, assistaient chaque année, le jour de la fête d’Arras, à la messe. Elles s’y rendaient, vêtues d’un bonnet  à grands godets de dentelles, un jupon, un corsage (casaquin) en basin blanc et un tablier de soie noire également garni de dentelles. Malheureusement, sous le règne de Louis XIV, l’artisanat local s’éteint, entrainant avec lui la dentelle qui subsistera néanmoins sur Achicourt avec la création d’une école de dentelles dont la plus jeune élève avait 4 ans !

Un américain à Bailleul

Au lendemain de la première guerre mondiale, William Nelson Cromwell, un avocat américain actif dans le Canal de Panama et grand mécène, finance, en mémoire du passé dentellier de la ville, la création d’une école qui se visite toujours. La première école fut d’ailleurs créée au 17ème siècle et l’on compta jusqu’à 8000 dentellières à Bailleul au milieu du 19ème siècle. Au sein de l’école créée par Nelson, vous découvrirez des techniques aux noms insolites : torchon, russe, Cluny… et vous pourrez même vous essayer à l’art du fuseau : ecole dentelle Bailleul

LILLE
Lille et ses mignonnettes

Les mignonnettes lilloises

La dentelle était déjà florissante à Lille dès le début du 16ème siècle. Les dentelles de Lille noires et blanches à fonds simples étaient proches de celles produites sur Arras mais réputée de qualité supérieure. Elles étaient particulièrement appréciées en Angleterre où la couleur noire plaisait pour la confection des longues manches de soie à la mode du moment. La dentelle circulait vers l’Angleterre via les contrebandiers. En 1723, près de 700 ouvrières copiaient la dentelle de Valenciennes ou travaillaient le «point de Lille» dont la légèreté lui a valu un succès considérable pendant plus d’un siècle.

CHATEAU CHANTILLY
Il n’y a pas que le Chateau au Patrimoine de Chantilly…

La blonde noire de Chantilly

En 1830, l’industrie dentellière emploie environ 4 000 personnes dans le secteur de Chantilly. La dentelle de soie de Chantilly, réalisée au fuseau, est généralement noire, rarement blanche. Jusqu’en 1850, on la surnommait « la blonde » en référence à la couleur de la soie issue du cocon du papillon, le bombyx du mûrier. Lorsque le fil de soie avait été teint en noir, la blonde devenait la blonde noire. Cette dentelle noire fut à son apogée sous Napoléon III dont l’épouse, l’Impératrice Eugénie de Montijo, d’origine espagnole, affectionnait cette couleur de dentelle particulièrement pour ses mantilles. Il s’agissait d’une dentelle particulièrement fine, aux motifs floraux sur un fond de mailles hexagonales. Cependant, dans la seconde moitié du 19ème siècle, la mécanisation supplante la production «main» et les dentellières cantiliennes disparaissent. La «Chantilly» est toujours produite en France mais dans le Nord et de façon mécanique. Souvent oubliée des  Cantiliens, elle est appréciée par les couturiers et chausseurs de luxe qui la remettent à l’honneur dans leurs collections haute couture et même dans leurs robes de mariée en version blanche. Elle est aussi très prisée des touristes asiatiques car elle symbolise « l’art à la française ». Les américains connaissent la Chantilly grâce à une chanson de Jerry Lee Lewis des années 50’ «Chantilly lace, pretty face» ! Chantilly Lace.

BLONDE NOIRE
Dentelle noire

Le musée municipal du patrimoine et de la dentelle de Chantilly conserve aujourd’hui près de 1000 pièces de dentelle du 19ème siècle. Il s’agit de la plus importante collection de dentelle de Chantilly à la main. Certaines pièces de ce musée sont uniques. Le parcours muséographique permet de comprendre le processus de fabrication de la dentelle à la main puis d’appréhender la grande diversité d’utilisation de la dentelle. A visiter dès que nous pourrons effectuer plus de 100kms à partir de Lille !

Plus que des lieux, c’est une tradition régionale, érigée en réputation mondiale, que nous vous avons proposé de découvrir aujourd’hui. Une autre manière de savourer la finesse et la délicatesse de notre région des Hauts-de-France.