JEANNE, COMTESSE DE FLANDRE

Jeanne, comtesse de Flandre, a marqué l’histoire de Lille, même si, de nos jours, on ne se souvient guère de Jeanne que par l’Hospice Comtesse, Rue de la Monnaie ! Elevée sous la tutelle du Roi Philippe Auguste, elle sera non seulement une femme d’affaires mais également une protectrice des plus démunis. De Lille à Marquette, suivons ses traces.

Une jeunesse sous tutelle du Roi de France

Fille aînée de l’empereur Baudouin de Constantinople et de Marie de Champagne, Jeanne de Flandre, appelée également Jeanne de Constantinople, est née à la fin du 12ème siècle (la date précise est inconnue mais on situe sa naissance entre 1194 et 1200). Orpheline dès son plus jeune âge, en 1205, son éducation est gérée par le Roi Philippe Auguste qui la marie, en 1212, à Ferrand de Portugal, en échange d’une somme de 50 000 « livres tournois » ! Ferrand de Portugal  se rebelle contre le souverain français en rejoignant les anciens alliés de Baudouin, le roi Jean d’Angleterre et l’empereur Otton IV, dans une alliance contre la France. Jeanne et Ferrand nouent des liens avec la puissante bourgeoisie de Gand et d’Ypres en les autorisant à fortifier leurs villes, et Ferrand démet de leurs fonctions les châtelains de Bruges et de Gand, réputés pro-français. Philippe Auguste réagit à cette offense en attaquant Lille, qu’il incendie (à l’exception du castrum fortifié et des églises) et, en 1214, il  inflige à ses adversaires une défaite décisive à Bouvines. Ferrand, considéré comme traitre, est emprisonné et Jeanne gouverne alors seule la Flandre et le Hainaut pendant 12 ans. Elle doit affronter également des rivalités de pouvoir avec sa petite sœur Marguerite, puis la sédition de ses comtés menée par un imposteur qui prétend être son père de retour des croisades, père que l’on croyait, jusqu’à présent, mort en terre sainte. Ferrand est finalement libéré en 1227 contre paiement d’une rançon de 25 000 livres par Jeanne mais il meurt peu de temps après.
En 1237, Jeanne épouse Thomas de Savoie. Pour ce mariage, Jeanne est contrainte de payer trente mille livres au roi de France et de lui renouveler ses serments de fidélité.
Jeanne décède en 1244 et est inhumée en  l’abbaye cistercienne de Marquette lez Lille. En 2005, des fouilles archéologiques ont permis de découvrir son tombeau sur le site. Malheureusement, il s’avère que son corps ne repose plus dans le tombeau…

En Hommage à la Comtesse, la ville de Marquette a conçu son géant marquettois que l’on peut admirer lors des processions ou au sein de la Salle d’Honneur de l’hôtel de ville de Marquette. Jeanne est aussi le géant de la ville de Wattrelos, entourée de deux autres géants, ses époux, Ferrand et Thomas.

Jeanne, Comtesse de Flandre, en procession à Marquette lez Lille

Jeanne, développeuse des cités flamandes

La comtesse Jeanne, dès les premières années de son règne personnel (1214-1226), a mené une politique de développement actif des cités flamandes. Elle accorde des privilèges judiciaires et fiscaux à Dunkerque, Gand, Lille, Mardyck, Seclin et Ypres .
À Courtrai, en 1217, elle incite les ouvriers à s’installer et à travailler pour l’industrie lainière en les exemptant d’impôts. Elle octroie à Douai, Gand et Ypres, ainsi qu’à Bruges, de nouveaux privilèges et une plus grande autonomie vis-à-vis du pouvoir comtal. Après la mort de son époux Ferrand, elle promulgue la charte de Lille et autorise la construction d’un beffroi à Valenciennes.

Après avoir épousé  Thomas de Savoie, elle accorde des exemptions fiscales et réorganise le système judiciaire. Elle met en place des mesures destinées à favoriser le commerce fluvial et les ports de mer. Jeanne a fait construire des portes d’eau à Menin et Harelbeke afin de rendre la Lys navigable. Elle autorise également la création de 3  écluses, à Marquette-lez-Lille, à Wambrechies et à Lille, étendant ainsi le réseau à la Deûle, même si l’écluse de Lille ne sera finalement pas construite !

L’Hospice Comtesse, Palais de Jeanne

Jeanne, protectrice des démunis

Jeanne fonde l’abbaye féminine de Marquette-lez-Lille, et aide la fondation de plusieurs autres abbayes de moniales cisterciennes, à une époque où les abbayes sont exclusivement masculines. Son action en faveur des femmes mènera à la création de 20 monastères féminins en Flandre, transformant, à son échelle, la place des femmes dans la société et dans l’église. Elle a joué un rôle important dans le développement des ordres mendiants, des béguines, les Victorines et les communautés hospitalières dans ses comtés.
En 1237, elle fonde, au sein de son propre Palais, l’Hospice Comtesse pour accueillir les malades et les démunis. En 1243, elle fait don à l’hospice des moulins de Lille et de Wazemmes ainsi que du droit de banalité des moulins qu’elle possède sur toute la banlieue de Lille.

Les couleurs typiques flamandes

L’Hospice Comtesse, Palais de Jeanne, rue de la Monnaie

La rue de la Monnaie, ancienne rue Saint Pierre, a été rebaptisée suite à l’installation de l’Hôtel des Monnaies en 1685. Artère commerçante, elle est l’une des plus anciennes rues de Lille et on y bat le pavé pour effectuer du shopping dans les boutiques de marque. Mais le shopping n’est pas la principale attration de cette rue car elle abrite un joyau lillois : l’Hospice Comtesse et son Musée.

Etablissement réservé aux malades pauvres, aux pèlerins et aux passants, l’Hospice Comtesse est détruit par un incendie dans la nuit du 11 avril 1468. La salle des malades est reconstruite entre 1468 et 1472 et le rez-de-chaussée du bâtiment de la communauté religieuse des Augustines entre 1477 et 1482. À la suite d’un nouvel incendie, en mars 1649, on reconstruit l’étage du bâtiment de la communauté pour abriter le dortoir des sœurs. Dans la salle des malades, qui ressemble à la salle des pôvres de l’Hôtel-Dieu de Beaune, chaque malade dispose d’un lit et d’une niche creusée dans le mur. De 1652 à 1657, une nouvelle chapelle est édifiée. Les bâtiments actuels datent, pour l’essentiel, du 17ème siècle. Ils sont classés Monuments Historiques depuis 1923.
Ils abritent un Musée qui vaut réellement une visite tant par l’architecture que par les œuvres qu’il renferme. Peintures, mobilier, instruments de musique, photos, la vaste collection représente la vie sociale et culturelle à Lille aux 17ème et 18ème  siècles. La cuisine carrelée de faïence, la salle à manger, les meubles, les objets d’art, les portraits permettent de s’immerger dans l’ambiance de l’Hospice à cette époque.

Le bâtiment est majestueux et on pénètre tout d’abord, après le porche et sa porte de bois,  sous une voûte d’ogives pour accéder à la cour d’honneur. Les couleurs sont typiques de la Flandre : ocre et carmin. Un moulin, dit de saint Pierre, dont il reste des vestiges, complète l’hospice. L’hospice abrite également un jardin de plantes médicinales telles qu’elles étaient utilisées lors de sa création pour soigner les malades.

Vous voici désormais familiarisés avec cette grande dame lilloise, Jeanne de Flandre et je vous invite à méditer sur ses actions et son rôle en Flandre au 13ème siècle en contemplant deux tapisseries de Guillaume Werniers qui la représentent et qui sont exposées au Musée de l’Hospice Comtesse.