L’ascenseur à bateaux des Fontinettes

Construit à la fin du 19ème siècle, l’ascenseur à bateaux des Fontinettes, sur la commune d’Arques dans le Pas-de-Calais, est un ouvrage unique en France. Son principe est celui d’Archimède ou d’une balance à 2 pistons. Remplacé par une grande écluse dans les années 60, il est classé monument historique.

Un canal militaire puis économique

Le canal de Neuffossé (ou canal du Bassin minier ou canal de Saint-Omer à Aire) est un cours d’eau totalement artificiel sur une grande partie de son tracé et non une rivière qui a été canalisée. Créé pour des raisons de stratégie militaire défensive, le «fossé neuf»” fut réalisé entre 1046 et 1054 à la demande de Baudouin de Lille, Comte de Flandre. Le fossé et son talus constituaient une ligne de défense pour protéger le domaine du Comte de l’attaque de l’empereur du Saint-Empire-Romain-Germanique, Henri III. Ce neuf-fossé, alimenté par la Lys, traversait Arques en y accueillant une partie des eaux de la rivière Aa. Le canal coupait donc efficacement le nord de la France en deux parties, sur un axe est-ouest, de Dunkerque à La Bassée. Effectivement, le canal édifié par Baudouin réussit à bloquer l’avancée d’Henri III qui ravagea la Flandre plus au nord, vers Tournai et sa région !

A la fin du 17ème siècle, Vauban effectue des travaux d’élargissement du canal  pour permettre la navigation de petits bateaux et y installe des chemins de halage. Il en améliore également  les fonctions défensives  par l’instauration de talus élevés et raides, plus faciles à contrôler sur le plan miliaire.

Dès 1825, le canal de Neuffossé assure la jonction entre Aire-sur-la-Lys et Lille à des fins économiques pour le transport de marchandises. En effet, dès 1825 , une verrerie voit le jour sur les quais à proximité des écluses au lieu-dit les Fontinettes, installée par la famille des Lyons de Noircarmes. Tout au long du 19ème siècle, plusieurs propriétaires successifs y fabriquent des dames jeannes (très en vogue en décoration à l’heure actuelle) et des bouteilles. L’entreprise est rachetée en 1897 par Prudent Avot, papetier à Blendecques. Il place à sa tête Georges Durand qui lui succède en 1916. 

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Un trafic croissant de péniches

Le tracé du canal passe par Arques mais il faut alors franchir une pente de 13 mètres pour remonter le versant de la vallée de l’Aa. La remontée s’effectue, dans un premier temps par une série d’écluses à 5 sas superposés. Le trafic allant croissant, il faut parfois plusieurs jours aux bateaux pour franchir les écluses, ce qui pénalise fortement l’activité marchande !

Prenant exemple sur une réalisation anglaise, l’ascenseur d’Anderton, (le plus ancien ascenseur à bateaux au monde, construit en 1875), il est alors décidé de construire un ascenseur à bateaux à Arques ! En 1878, une équipe d’ingénieurs est envoyée en Angleterre, dans le nord du Cheshire, pour découvrir l’ouvrage qui relie la rivière Weaver et le canal du Trent et de la Mersey.

L’ascenseur d’Anderton

Plusieurs années de conception et de travaux

C’est le concepteur de l’ascenseur d’Anderton, l’ingénieur Edwin Clarck qui est chargé du futur ouvrage. Avec le Directeur des Ponts et Chaussées, M. Bertin, le suivi du chantier et les plans étant réalisés par G. Penin,  Edwin Clarck réalise l’ascenseur de 1883 à 1887 (1887 voit aussi les premiers coups de pioche pour édifier la tour Eiffel). Il est inauguré le 8 juillet 1888.

L’ascenseur se compose de 2 caissons métalliques (L=39,5m x l=5,6m x h=2,4m) qui accueillent chacun une péniche. L’une entre par le canal du haut, l’autre par le canal du bas. Chaque caisson repose sur un  piston  de 15 mètres de long et 2 mètres de diamètre). Chaque piston est plongé dans un cylindre rempli d’eau sous pression. Quand on fait entrer plus d’eau dans le caisson du haut, il devient plus lourd que le caisson bas et descend en poussant  l’eau dans le cylindre. Une vanne s’ouvre pour permettre à l’eau de passer dans un second cylindre et pousser le piston de manière à faire monter l’autre caisson. Des portiques en métal permettent de fermer leurs portes et celles des canaux à l’extrémité des caissons qui sont rendus étanches par une poche en caoutchouc gonflée à l’air comprimé. Il faut 1h15 pour actionner le mouvement de l’ascenseur et une équipe spécialisée de 6 personnes.

ascenseur
Un ouvrage unique en France

En 1958, le tonnage des péniches s’accroit et le canal est mis au grand gabarit. La construction d’une écluse est nécessaire pour répondre à la demande et permettre de faire passer 8 péniches à l’heure. En 1967, l’ascenseur à bateaux cesse de fonctionner. Classé Monument historique en 2014, il est en cours de restauration depuis janvier 2019. Le budget des travaux de cette rénovation est estimé à 8 millions d’euros pour un chantier qi s’étale sur 3 ans. En 2021, l’ascenseur à bateaux aura une vocation pédagogique et il sera de nouveau visitable. Pour info, le musée de la batellerie et des voies navigables situé à Conflans-Sainte-Honorine possède une maquette au 1/20ème de l’Ascenseur à bateaux des Fontinettes.

Le plus grand ascenseur à bateaux du monde fut longtemps celui de Strépy-Thieu en Belgique, inauguré en 2002, avec un dénivelé entre les deux plans d’eau de 73,15 mètres. Depuis septembre 2016, a été inauguré un ouvrage, plus imposant encore, sur le barrage des Trois Gorges en Chine. L’ascenseur à bateaux du barrage des Trois Gorges permet le transport de bateaux sur un dénivelé de 113 mètres. Le bac mesure 120 mètres de long sur 18 mètres de large et pèse 11 800 tonnes quand il est rempli. Des navires de 3 000 tonnes peuvent y être transportés.

Certes, vous ne pourrez visiter l’ouvrage avant 2021 mais l’édifice et la jolie région d’Arques ont de multiples atouts pour passer une belle journée de détente, à 62 km de Lille.