AU CŒUR DE LILLE : LA GRAND’ PLACE

LILLE

Au cœur de la ville se trouve le rendez-vous de tous les lillois : la Grand’ Place. Grand’ Place mais aussi Place de la Déesse ou Place du Général de Gaulle, il fallait bien trois noms pour désigner ce carrefour stratégique entre les rues piétonnes et le vieux Lille, encadré de bâtiments inscrits ou classés au titre des monuments historiques !

Une place qui n’existe que depuis le 13ème siècle

A l’origine, la Grand’ Place était un marais alimenté par les eaux de la Deûle. En 1271, d’importants travaux de canalisation permettent l’évacuation des eaux mais le terrain demeure boueux. Vers la fin du 13ème siècle, cet espace est dédié au commerce du bétail. Des constructions en torchis, une halle et des étables à bestiaux en font une place de marché. Cette fonction se développe au fil des années et la Grand’ Place devient le lieu de fête des lillois accueillant les grandes foires marchandes, l’exécution des condamnés à mort, les processions militaires et religieuses. Ce n’est qu’au 15ème siècle que la place est pavée car elle est devenue le centre névralgique de la ville pour les échanges commerciaux. Si vous regardez bien au sol, à quelques pas du bassin, vous trouverez encore quelques-uns de ces authentiques pavés.

La Grand’ Place est dominée par 4 femmes : la Déesse et 3 « Grâces » qui représentent les 3 provinces de la région : l’Artois, le Hainaut et la Flandre. Ce n’est que vers la fin du 18ème siècle que la place sera dénommée également Place de la Déesse, suite à l’édification de la statue en son centre, puis au 20ème siècle, lors de la seconde guerre mondiale, on la nomme également Place du Général de Gaulle, le Général étant né à Lille en 1890 (mais pas Grand Place, sa maison natale est située rue Princesse !)

La déesse, une origine mouvementée !

La statue de la déesse commémore le siège de Lille par les Autrichiens en 1792 et rend hommage à leur courage face à cet ennemi. Elle a été édifiée Grand Place, en 1845, alors qu’elle devait prendre place à quelques mètres, place Rihour… La colonne de granit est l’oeuvre de l’artiste Charles Benvignat. La statue de Bronze, signée par Théophile Bras, devait, quant à elle, orner l’Arc de Triomphe de l’Etoile à Paris ! En effet, dans les années 1830, nait le projet de couronner le sommet de l’arc de triomphe avec des statues représentant les plus grandes villes de France. Théophile Bra, sculpteur douaisien, propose alors une statue de femme pour symboliser la ville de Lille et il déclare “Lille ! C’est une femme dont le front doit porter l’empreinte du courage calme et obstiné des Flamands”. Les traits de la Déesse seraient ceux de l’épouse du maire Louis Bigo-Danel, qui dirigea Lille de 1834 à 1848. En 1837, le projet parisien n’ayant pas eu de suite, le sculpteur offre la statue à la municipalité de Lille. En 1842, la municipalité de Lille lance un appel d’offres à tous les architectes pour édifier un monument en mémoire du bombardement de Lille de 1792, sur la place Rihour, sous les fenêtres de la salle où la réponse aux assiégeants avait été délibérée. Deux architectes concourent dont  Charles Benvignat qui remporte la compétition. Bien que son projet initial soit différent, Charles Benvignat, ouvert à quelques critiques, revoit son projet avec Théophile Bra et ils décident de placer la statue donnée à la ville quelques années plus tôt au sommet de la colonne de granit. La pose de la première pierre se déroule le 9 septembre 1842 sur la place de la mairie, mais, le 21 avril 1845, elle est retirée pour être replacée au centre de la Grand’Place.

déesse Lille
La Déesse : une statue de femme surmontant une colonne de granit

La statue comprend une citation du magistrat de Lille refusant la reddition : « Nous venons de renouveler notre serment d’être fidèle à la Nation, de maintenir la Liberté et l’Égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures. ». Le mot Déesse vient du surnom populaire que les Lillois donnent à la statue après son inauguration. Elle tient, dans sa main droite, un boute-feu, instrument qui servait à allumer les canons. Depuis sa création, la déesse est descendue une fois de sa colonne, en 1989, pendant les travaux de  construction du parking souterrain de la Grand’ Place.  L’ensemble de l’édifice, entouré d’un bassin-fontaine, mesure un peu plus de 18 mètres. La fontaine ne fut construite qu’en 1990.

La Vieille Bourse

C’est l’un des plus anciens édifices et sûrement l’un des plus somptueux. De type Renaissance Flamande, le bâtiment, qui sépare la Grand’ Place et la Place de l’Opéra, a été conçu par l’architecte Julien Destrée en 1652 à l’emplacement de l’ancienne « fontaine au change ». La «vieille bourse» est un ensemble de 24 demeures identiques, autrefois habitées par des marchands,  qui entourent une cour intérieure. L’ensemble est classé monument historique depuis 1921. Il accueillait la bourse du commerce, puis la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lille. La cour est accessible sur chaque côté par 4 portes surmontées de cartouches. L’emblème de la Bourse de Lille est sans conteste la statue de Mercure, dieu du commerce, couronnant le sommet du campanile. En journée, on trouve dans sa cour des bouquinistes qui proposent de vieux livres mais aussi des livres de poches d’occasion, des magazines, des affiches et d’anciennes cartes postales. Levez les yeux et admirez les guirlandes de fruits, les cornes d’abondance ou les lions de Flandre. Les blasons publicitaires que vous apercevrez également sont les témoins des mécènes qui ont permis le financement de la restauration du bâtiment.

vieille bourse Lille
La vieille Bourse

Le théâtre du Nord

Le théâtre du Nord, au n°4 de la Grand’ Place de Lille, succède au corps de garde construit au 16ème siècle, transformé en 1717 pour devenir la Grande Garde. L’édifice a été érigé deux ans après la mort de Louis XIV qui avait conquis la ville en 1667. Il servait alors de corps de garde pour la garnison de la ville, dont la première mission a été d’établir l’ordre. Un soleil sculpté sur le pignon de la façade rend hommage à Louis XIV. Une représentation de cette façade est visible dans un tableau de 1750 peint par François Watteau et exposé à l’hospice Comtesse à Lille. Ce bâtiment d’inspiration classique est inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1925.

De l’écho du Nord à la Voix du Nord

A côté du Corps de Garde se dresse le magistral siège de la Voix du Nord, auparavant Echo du Nord. Cette bâtisse de huit étages est d’architecture typiquement flamande avec son toit «à pas-de-moineau» : on retrouve cette architecture dans de nombreuses villes belges mais aussi à Arras. Sur la façade, vous verrez des blasons : ils représentent les principales villes de la région et les différentes éditions de la Voix du Nord. Sur le toit de l’édifice, se dresse la statue des trois grâces représentant les anciennes provinces de Flandre, de l’Artois et du Hainaut. Le bâtiment date de 1936. De la salle du Conseil du journal, on a une vue splendide sur la Grand’ Place.

librairie le Furet du Nord
Un choix impressionnant de livres au Furet du Nord

Un Furet qui vend des livres

L’origine du Furet du Nord est liée à la présence d’un magasin de fourrures de 70 m2, situé rue de la Vieille-Comédie. Transformé en librairie, en 1936 par Georges Poulard, un proviseur de lycée, il conserve son nom, en référence à une tradition locale : la chasse aux lapins à l’aide de furets. En 1950, l’un des vendeurs, Paul Callens, passionné de livres et de lecture, fils de boucher-charcutier, rêve de racheter la librairie mais il n’en a pas les moyens. C’est grâce aux économies d’une amie laitière qu’il acquière la librairie. Celle-ci se développe et devient même la plus grande librairie du monde de 1992 à 1999.

Mozart et Lille

A côté du Furet du Nord, se dresse l’hôtel Bellevue dont l’accès se situe rue Jean Roisin. La date de construction de l’hôtel Bellevue n’est pas connue. L’hôtel a accueilli Mozart lors de sa tournée européenne en 1765. Les chambres qui donnent sur la Grand Place sont très prisées par la vue qu’elles procurent. C’est un hôtel 4 étoiles de 64 chambres qui a été totalement rénové en 2018.

café MEO
La délicieuse odeur du café

Un café et un merveilleux

L’aventure débute en 1928, quand Jules et Emile Meauxsoone ont l’idée d’ouvrir, au cœur de Lille, leur première épicerie fine. Grâce à une solide réputation de Maîtres Torréfacteurs, ils sont parmi les premiers à obtenir des licences d’importation directe des cafés du Brésil. La marque Cafés Méo voit le jour en 1945. Aujourd’hui, vous pouvez prendre un délicieux café Méo Grand’ Place et, cerise sur le gâteau, vous pouvez l’accompagner du non moins célèbre « merveilleux de chez Fred » car la boutique Méo a aménagé un « corner » spécialisé dans la vente de cette délicieuse gourmandise. Frédéric Vaucamps, alias Fred, ouvre sa première pâtisserie artisanale à Hazebrouck en 1982 où il y travaille différents produits dont la meringue et la brioche. Quinze ans plus tard, il inaugure son premier magasin lillois : «Aux Merveilleux de Fred», rue de la Monnaie. Il y perfectionne sa propre recette de Merveilleux qui fera rapidement son succès : une meringue enrobée de crème fouettée au chocolat, recouverte de copeaux de chocolat noir. L’engouement est immédiat. Il ouvre ensuite d’autres boutiques, à Lille, Paris puis à travers le monde.

Lille autrefois… une île 

Lille porte le nom de “Lille” car autrefois la ville était entourée par la Deûle. L’Isle en ancien français, rijsel en néerlandais signifient tous deux « île ». Voilà pourquoi les caves lilloises sont souvent inondées… et pas du tout parce qu’il pleut plus souvent à Lille qu’ailleurs. En moyenne, il pleut 127 jours par an sur Lille soit aussi souvent qu’à Bordeaux (124), mais nettement moins qu’à Brest (159 jours), Biarritz (141 jours) ou Limoges (135 jours). En quantité annuelle, il tombe en moyenne 743 millimètres d’eau par an sur Lille soit autant qu’à… Nice (733 mm) mais nettement moins qu’à Biarritz (1451 mm), Brest (1210 mm), Limoges (1023 mm), Bordeaux (944 mm) ou encore Lyon (832 mm) ! Conclusion : mauvaises langues, s’abstenir !!!

Vous l’avez compris, j’aime la Grand’ Place de Lille.
Prenez le temps, positionnez-vous en son centre, levez les yeux et tournez lentement sur vous-même. Posez votre regard sur les façades colorées, les sculptures, les toitures : c’est un décor fabuleux qui s’offre à vous ! Alors, si l’on se disait : «rendez-vous samedi à la Déesse» ?