PROMENONS NOUS DANS LES BOIS…

Arbre

A quelques kilomètres de Lille se trouve un poumon vert : la forêt de Phalempin. Cette forêt, bien que d’une taille modeste (670 hectares), a longtemps été un lieu fréquenté par les naturalistes du nord de la France qui y étudiaient la botanique, la zoologie, la minéralogie. C’est un endroit ressourçant pour la promenade qui accueille près de 300 000 visiteurs chaque année.

Plus de 670 hectares de bois

La forêt domaniale est répartie en deux secteurs : Le canton nord dit de Phalempin (470 ha) et le canton sud dit de l’Offlarde (208 ha). Quelques circuits balisés permettent de se ressourcer et de pratiquer des activités sportives comme la marche ou le vélo : un circuit de grande randonnée, deux circuits pédestres (le circuit de la forêt de Phalempin de7 km et le circuit « À l’orée du bois » de 3 km), sans oublier les circuits VTT (9 km), et des pistes cavalières (10 km).

Depuis fin 2019 , des aménagements ont été réalisés sur le site des étangs, accessible depuis la RD 62, entre l’entrée du village de La Neuville et celle de la ville de Phalempin. L’accès est fléché.
Le kiosque, à l’entrée, a été réhabilité et invite à poursuivre la balade jusqu’au bois des Cinq-Tailles, un bois de 70 hectares.
Aujourd’hui composé de forêts et de bassins, cet ancien site industriel est un lieu privilégié pour l’observation d’oiseaux. Vers la fin des années 70, la sucrerie Béghin Say se construit à Thumeries et crée son premier bassin de décantation. Le second bassin est creusé en 1987. La production sucrière est abandonnée en 1990 pour ne laisser subsister que l’activité de conditionnement du sucre. En 2001, le Département du Nord achète le site des cinq tailles et des travaux d’aménagement et de génie écologique sont réalisés pour le transformer en aire de détente. Situé à proximité des sources de la Marque entre les plateaux de la Pévèle et du Mélantois, ce site est inséré dans de grandes plaines agricoles. En ce qui concerne la flore, vous y admirerez le Robinier faux accacia, le saule marçeau et le peuplier grisard mais aussi des érables sycomores et des espèces menacées comme le Muguet de Mai ou le Maianthème à 2 feuilles aussi appelé « petit muguet » (à ne pas cueillir bien entendu !).  Le site départemental des cinq tailles est ouvert toute l’année et propose plus de 4 km de sentiers de découverte dont 3 km adaptés aux personnes à mobilité réduite. 

Quatre observatoires vous donneront peut-être l’opportunité d’apercevoir les nombreux oiseaux présents sur le site et notamment la Grèbe à cou noir, oiseau aux yeux rouges. Vous y trouverez des panneaux d’interprétation, ainsi que des sculptures en bois illustrant la faune et la flore.

grèbe cou noir
Grèbe à cou noir

Phalempin, fief des chatelains de Lille

Le village de Phalempin apparaît au Moyen Âge et son nom viendrait de fanum pini, le temple du pin. En l’an 380, l’évêque Saint-Martin, venant de son évêché de Tours pour rencontrer l’empereur Maximin, s’arrête dans ce lieu. Un temple païen s’y trouve, à proximité d’un pin gigantesque : arbre divin et vénéré au temps druidique, son adoration est encore en vigueur. Mais c’est un arbre diabolique pour les chrétiens. L’évèque ordonne que le temple soit dédié à Dieu et que le pin maudit soit abattu sur le champ.
La population locale impose une condition : que l’évêque soit placé sous la chute de l’arbre. Saint Martin, confiant, se place devant l’énorme tronc et attend en priant. Lorsque, sous les coups de hache, le pin se couche, Saint Martin le détourne d’un signe de croix et demeure indemne. Les gens de la région ébruitent aussitôt le miracle, ce qui a pour effet des conversions en masse au christianisme.

Saint martin évangélisation
Saint Martin, rescapé de la chute du pin de Phalempin

L’existence du village remonte plus certainement à la  fondation de l’Abbaye Saint-Christophe de Phalempin au 11ème siècle par le châtelain de Lille Saswalon. En 1039, Saswalon, premier châtelain connu de Lille, fonde, en l’honneur de St-Christophe, un chapitre religieux qui se transforme ensuite en une abbaye.

Le châtelain Roger et son épouse Ogine, y installent, en 1108, des chanoines réguliers de l’ordre de St-Augustin, un ordre mendiant de droit pontifical. Plusieurs châtelains furent inhumés dans l’église de l’abbaye. Un chanoine de l’abbaye de Phalempin, François Piétin, mort en 1576 a laissé une très intéressante chronique sur cette Maison et un cahier de notes sur la châtellenie de Lille qui fut depuis très souvent consulté par les historiens.

Le château du Plouich appartenait aux châtelains de Lille et fut attaqué, en 1646, à trois reprises, par les Lorrains, qui voulaient le piller. Le château est une forteresse faite de briques et de pierres blanches et posée sur gréserie. En forme de fer à cheval, il est protégé d’une double enceinte de remparts. Deux tours en défendent l’entrée, séparées d’un premier rempart par un pont levis. Un double fossé, empli des eaux de la Naviette, en fait une forteresse. Le châtelain vient prendre ses quartiers d’été à Phalempin pour y chasser le gibier dans la forêt. Lors de ses déplacements, le seigneur et ses suivants empruntent une allée en sous-bois qui doit être constamment entretenue par les riverains, afin de pouvoir y passer la lance droite.

L’abbaye perdure jusqu’à la Révolution, au cours de laquelle les derniers moines sont chassés et les bâtiments démantelés et vendus comme biens nationaux. De l’abbaye, seuls le caveau des moines et l’église abbatiale échappent à la pioche. L’église devient paroissiale. Considérée vétuste à l’aube du 20ème siècle, elle est remplacée par une nouvelle église située sur la place du village. Le Palais des Beaux-Arts de Lille a conservé les différentes pièces qui composaient le portail de l’église abbatiale.

L’industrialisation voit s’installer à Phalempin une moutarderie, une corderie, une chaudronnerie et une tuilerie. Avec la culture de la betterave, une fabrique de sucre prend la place de l’abbaye. C’est le temps des patrons d’industrie. Avec la construction du chemin de fer aidant, la forêt attire les familles aisées de la région. Des “gentilhommières”, résidences secondaires d’un style nouveau, sont construites à l’orée du bois. Bon nombre de Phalempinois sont employés comme gens de maison dans ces jolies demeures, entourées de parcs dont l’entretien nécessite du personnel.

culture betterave
Une région de culure de la betterave

Durant la Première Guerre mondiale, Phalempin est occupée. Un résistant de l’époque, Achille Péchon (1860-1915), est fusillé par les Allemands. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Phalempin est un haut lieu de la résistance organisée par Albert Hermant, qui fut tué par les Allemands lors de la Libération et enterré dans le carré militaire du cimetière de Phalempin.

Une idée pour prendre l’air en ce week-end de l’Ascension puisque la forêt a rouvert ses accès depuis la mi-mai. Malheureusement, il ne sera toujours pas possible d’y apporter votre pique-nique mais quelle bonne idée que cette promenade après un déjeuner familial !